Cette lettre a été soumise pour publication à La Presse le 29 avril 2012
Dans son article intitulé « Dieudonné: ‘On doit combattre tous les racismes’ » (La Presse, 28 avril 2012), Éric Clément permet à l’humoriste français de se défiler de tout antisémitisme et de toute complicité avec l’extrême droite française sans offrir la moindre contrepartie à ses sophismes.
Pourtant, si naguère il était encore concevable de lui prêter une certaine ambigüité, les gestes et les paroles de Dieudonné, maintes fois condamnés par la justice française, ont fini de convaincre la presse, la classe politique et le milieu du spectacle de l’Hexagone que Dieudonné a mis son humour au service de l’agitation antisémite.
Que ce soit sur les planches ou hors scène, Dieudonné fraie avec tout ce que la France compte d’antisémites, de racistes, de négationnistes, d’extrémistes de droite et d’islamistes.
Apologète du régime iranien, Dieudonné qualifie son président ouvertement antisémite de « personnage politique le plus éclairé, le plus brillant, le plus courageux, le plus honnête ». Loin d’être ingrat, le régime iranien a financé la réalisation de son premier film, « L’antisémite », qui tourne en dérision l’Holocauste.
Dieudonné a orchestré en 2008 la remise d’un prix au négationniste Robert Faurisson par un acteur déguisé en déporté juif sous les yeux de l’ancien chef du Front National Jean-Marie Le Pen, une odieuse mascarade pour laquelle le Tribunal correctionnel de Paris a condamné Dieudonné en 2009. Puis, cette année, Dieudonné a accompagné ce même Faurisson en Iran où il a reçu des mains de Mahmoud Ahmadinejad un « prix de la bravoure » pour sa négation du génocide des Juifs d’Europe.
Dénonçant l’ « occupation sioniste » de la France dans la presse d’extrême droite française, Dieudonné a créé un parti politique « aux nets relents antisémites », selon Le Monde, composé d’extrémistes de droite, d’islamistes et de négationnistes qu’endossent le terroriste Carlos, le Hamas et le Hezbollah.
Le spectacle qu’il présentera à Montréal, « Rendez-nous Jésus », fait l’objet d’une enquête de la justice belge en vertu de la loi réprimant l’incitation à la haine. Selon le quotidien de référence belge Le Soir, le spectacle est « une longue litanie de propos antisémites explicites ou suggérés ».
Alors qu’aucun grand média français n’est plus dupe de l’obsession anti-juive de Dieudonné, il est atterrant de constater qu’on puisse encore s’employer chez nous à banaliser l’antisémitisme primaire de cet agitateur professionnel.
David Ouellette
Directeur associé, affaires publiques (Québec)
Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes
Dieudonne en IRAN. Reportage television Suisse by Fantasme2012